Le Roi  Béhanzin  (1841-1906)

 Béhanzin était le roi du Dahomey.  Il a été mis en résidence surveillée à Blida après l'avoir été en Martinique.

Dans ses Souvenirs blidéens publiés dans le Tell en 1927, le Commandant Rocas évoquait ainsi la présence de Béhanzin

"Au  Nord, un chemin longeant   les Outed-Soltan   conduit à  la villa Delahaye, sur une hauteur  d'où on a une très  jolie  vue sur la plaine. A gauche de ce chemin se trouvent les jardins Velly-Combredet, qui furent les plus beaux des jardins particuliers de Blida ;  on   y voyait les  fleurs les plus belles et les plus rares:   diminués par des   pépinieres d'arbres   fruitiers et des cultures industrielles,ces jardins n'en ont pas moins conservé leur joliesse et leur agrément.. On  y distillait et on y  distille encore des fleurs d'orangers et de jasmins qui donnent des essences de premier choix.

En face du jardin Combredet, sur la hauteur, se trouve la villa des Carmélites, avec ses nombreuses dépendances et ses jardins. Son nom vient d'un petit couvent de carmélites -une douzaine- qui , il y a une soixantaine d'années, vint s'y installer: ce petit couvent ne dura que quelques années et ne se reforma que plus tard et en grand, près de Notre Dame d'Afrique à Alger, sous la direction de la princesse Bébesco: les fameuses lois de liberté (?) le firent de nouveau se dissoudre.

Après être passée entreles mains de divers propriétaires, dont le commandant Bouvier, du 1ier Chasseurs d'Afrique, cette villa des Carmélites est devenue la propriété du sympathique commandant Carrex, ancien commandant du Dépôt de Remonte de Blida.

Ce fut dans cette villa que résida en 1906, l'ex-roi du Dahomey Béhanzin, capturé en 1904 par les troupes du colonel Dodds: un escadron de spahis soudannais joua dans cette capture un principal rôle sous les ordres du Capitaine Villers, un des mes condisciples et compagnons d'armes, fils d'un ancien directeur de la banque de l'Algérie: le capitaine Villiers mourut général de brigade.....

J'eus l'occasion, en compagnie de mon ami le docteur Sagraudi, alors médecin-major de 1ier classe du 1ier Tirailleurs, qui a laissé tant de sympathie à Blida et qui lui donnait ses soins, d'être reçu par lui.

Assis sur un fauteuil quelconque qui lui servait de trône, vêtu (on pourrait dire dévêtu) d'un péplum de satin à grosses fleurs de couleurs brodées, coiffé d'une sorte  de bonnet de velours noir, il était entouré de ses quatres femmes; son fils, le prince Ouanilo, dans un impeccable costume européen, nous servit d'interprète.

Une des ses femmes l'éventait ou chassait les mouches , une deuxième alimentait de tabac sa longue pipe agrémentée d'anneaux d'argent: la troisième tenait à la main un crachoir qu'elle présentait, lorsque cela était nécessaire, à sa royale bouche, et enfin la quatrième, comme dans "Malborough", ne portait rien  mais nous la vîmes plus tard chargée du royal parasol.

Béhanzin mit bien vite la conversation sur sa captivité, sur l'erreur de la France qui ne connaissait pas ses sentiments amicaux à son égard et il appuyait la traduction de son fils par des "amis, tous amis", les trois seuls mots de français qu'il savait dire: il fit une charge à fond  contre son ennemi héréditaire et voisin: Samory, l'almany du Soudan, auquel il attribuait des agissements près des Français, qui avait causé sa perte, et il roulait des yeux féroces qui donnaient à penser ce qu'il aurait fait s'il l'avait tenu dans ses mains.

 Ses pronostics furent exacts, car Samory nous suscita bien des embarras dans la suite, jusqu'à sa capture, en 1898, par le capitaine Gouraud.


Des anciens se souvenaient encore de lui et racontaient comment il se promenait  dans Blida avec ses femmes.

   

 

Le TELL 18/7/1906

   

 

Le TELL 12/12/1906

 

Le Figaro du 11/12/1906